Léopold Survage abstrait ou cubiste ?

Léopold Survage abstrait ou cubiste ?

du 9 février au 29 avril 2018

 

Cette exposition offre une magnifique occasion de redécouvrir l’œuvre de ce peintre d’origine russe : Léopold Survage (Moscou, 1879 – Paris, 1968), ami d’Apollinaire, dont l’évidente modernité fait de lui un artiste majeur du début du XXe siècle.

Du cubisme à l’abstraction qu’il traversa avec un égal bonheur, de sa première exposition personnelle préfacée de calligrammes d’Apollinaire à ses séries de Rythmes colorés, Survage apparaît comme un véritable passeur de modernité.

 

« Il nous en bouche un coin »  (Juan Gris)

 

 A la fin de 1913, Survage présente son idée qui allie peinture et cinéma: le Rythme coloré à G. Apollinaire. Ce projet lie abstraction – que vient d’inventer, trois ans auparavant, Kandinsky – et cinéma – la première projection est réalisée par les Frères Lumière en 1895 en noir et blanc ; les rares films en couleurs sont, à cette époque, peints à la main. Le projet est si novateur que Léon Gaumont, sollicité, n’ose pas l’entreprendre.

Révolutionnaire, Survage l’est aussi dans sa peinture, cherchant immédiatement comment développer autrement les découvertes du cubisme que viennent d’inventer Braque et Picasso. Il cherche comment dépasser les Natures mortes et leurs accumulations de verres, de bouteilles et d’instruments de musique. Ce qui lui importe c’est de trouver ce qu’il appellera la Synthèse plastique de l’espace, c’est-à-dire d’introduire dans le cubisme la dimension du paysage. En 1917, lorsqu’aura lieu – préfacée par des calligrammes d’Apollinaire – sa première exposition personnelle, on découvre une véritable explosion de couleurs – roses légers, bleus lumineux, verts transparents… – ignorées des cubistes et avec lesquelles il crée des sortes de « blasons » des villes de la Méditerranée où il vient de passer une grande part des années de guerre. Au sortir de l’exposition, Juan Gris résumait ainsi le point de vue des cubistes : « Il nous en bouche un coin ».

C’est qu’avec ces peintures où l’intérieur des maisons et leurs bouquets de fleurs dans les vases se confond avec les perspectives de rues hantées d’ombres de personnages, plantées d’arbres confondant feuilles et fruits, Survage invente une conception de la peinture qui, avec les tableaux de De Chirico, annoncent l’univers des surréalistes.  la découverte de Collioure et de la Catalogne dans les années 20 ne sera pas seulement celle d’une nouvelle gamme colorée où les ocres et les noirs puissants succéderont aux couleurs légères de la Côte d’Azur, mais bien plutôt celles des forces brutales – du vent aussi bien que des taureaux – et des voiles noirs des pêcheuses qui ne tarderont pas à devenir les pleureuses du Calvaire…

Cette capacité de Survage à ne jamais rien renier de sa vision, mais en même temps à pouvoir l’adapter aux approches les plus différentes – de la commande par Diaghilew du décor de l’opéra de Stravinsky pour les Ballets russes aux peintures monumentales du Pavillon des Chemins de Fer pour l’Exposition Universelle de 1937 – fera que jusqu’à sa mort en 1968, à l’âge de 89 ans, Survage a pu développer l’univers d’images qu’il avait découvert un demi-siècle plus tôt.

D’après Daniel Abadie
Commissaire de l’exposition